Ces manifestations xénophobes témoignent de la crise de la mémoire de la lutte anti-apartheid et de l’indigence d’une conscience politique nationale; autant dire d’un échec du pouvoir en matière d’éducation démocratique des masses populaires et d’élévation du niveau de vie du plus grand nombre.
Ces manifestants anti-immigration (probablement, des habitants des Townships) parés d’atours zoulou dans une expression d’ethno-nationalisme xénophobe, accusant les immigrés de la sous-région de voler leur travail, d’importer délinquance et criminalité, leur posant l’ultimatum de « quitter l’Afrique du Sud au plus tard ce vendredi 30 juin 2026 », n’ont-ils pas perdu la mémoire de la lutte anti-apartheid et anti-ségrégation de leurs aînés de l’ANC de Nelson Mandela ?
Ces manifestants parés de vêtements traditionnels guerriers zoulou s’adonnant à la chasse aux étrangers avec le soutien implicite ou explicite de certains acteurs politiques n’ont-ils pas perdu la mémoire du projet sociétal de Nelson Mandela qui lutta pour la reconnaissance de l’autre, pour l’avènement d’une nation arc-en-ciel, pour la démocratie, pour l’inclusion sociale et la tolérance ?
Faut-il s’étonner de cette dérive calamiteuse de l’Afrique du Sud post-Mandela dans l’ethno-nationalisme et la xénophobie ?
En lieu et place de la nation arc-en-ciel tolérante et ouverte prônée et voulue par Nelson Mandela, l’ex-président Mr Jacob Zuma n’en avait-il pas appelé a l’avènement et à la prépondérance d’une nation zoulou en instrumentalisant, pour ses besoins de survie politique et pour ses intérêts personnels, l’identité de la communauté zoulou dans la lutte politique ?
Sur les immigrés de la sous-région, boucs émissaires commodes des démissions politiques, économiques et sociales de l’ANC post-Mandela, sont détournées les colères du plus grand nombre de la population sud-africaine, les habitants des Townships qui ne bénéficièrent ni de la redistribution du produit national qui leur est due, ni d’une éducation politique qui leur aurait permis de participer activement, en qualité de contre-pouvoir social, à la consolidation de la démocratie et de la république, à l’interpellation constructive du gouvernement.
Cette xénophobie récurrente en Afrique du Sud est assurément le symbole emblématique de l’échec politique, économique, social et éducationnel de l’ANC post-Mandela.
Les classes politiques et les gouvernements se servent toujours de la sous-éducation démocratique du peuple, de l’instrumentalisation de l’identité ethnique et de la stigmatisation de l’étranger pour s’approprier le pouvoir et instituer leur arbitraire.
L’ANC oligarchique post-Mandela cède à cette tentation et à cette politique traditionnelle de l’autocratie.