Le renversement de la démocratie en autocratie et le triomphe du populisme ne sont pas des fatalités. ( Suite et fin).

« Là où les opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, la force peut tout » disait Simone Weil la grande philosophe Française.
La question centrale de la démocratie est donc celle-ci :
Comment convertir les opinions immédiates en opinions raisonnées et en idées ?
Comment convertir les passions individuelles et collectives en réflexions et en pensées?
Car la légitimité démocratique des forces politiques dans le régime de la souveraineté du peuple est déterminée par leur capacité à refléter l’opinion publique.
Néanmoins la légitimité démocratique d’un gouvernement ou d’un parti d’opposition résiderait-elle dans son aptitude à refléter et à représenter l’opinion brute ?
Le renversement de la démocratie en autocratie et le triomphe du populisme ne sont pas des fatalités.

Quand les passions triomphent de la raison dans les démocraties pluralistes, quand les opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, quand les logiques instrumentales remplacent les logiques réflexives dans la détermination des fins politiques, quand la désinformation et les stratégies instrumentales de pouvoir supplantent le débat programmatique et la confrontation des projets sociétaux partisans, il s’ensuit une crise de la pensée et un abêtissement général qui promeuvent les démagogues, les aventuriers et les imposteurs.
Alors la démocratie se renverse fatalement en autocratie et en dictature.
Ce qu’est la représentativité démocratique : idéologie ou représentativité sociale?

Le débat démocratique et la compétition pour l’exercice du pouvoir suprême, c’est la confrontation des programmes partisans et des projets sociétaux issus de ces programmes.
C’est l’assomption et la justification argumentée des bilans.
L’attitude consistant à imposer de haut à la société une idéologie partisane arbitraire et préconçue, à ne pas répondre de son bilan politique ou gouvernemental, à se décharger sur des tiers est antidémocratique.
Elle relève de la pratique et du mode opératoire des autocrates
L’introuvable réconciliation politique ivoirienne: et pour cause.

De ce boulet qui plombe l’affrontement démocratique ivoirien, qui empêche de partager une vision politique du pouvoir et de la cité, qui empêche de résoudre par les voies idoines les tensions entre la nécessité d’investissement économique et l’impératif de redistribution sociale; de cette entrave qui donne à la lutte pour le pouvoir en Côte d’Ivoire la forme d’une guerre civile permanente, larvée ou ouverte, qui met en péril son avenir, le pays ne pourra se débarrasser que par une conversion radicale de sa classe politique au consensus républicain et par le développement de la conscience démocratique du peuple.
Cette conscience populaire éclairée, est la condition de la participation politique sur laquelle repose la limitation du pouvoir et la sauvegarde des libertés et des droits en toute démocratie pluraliste.
Mais notre classe politique a-t-elle intérêt à ce que la conscience démocratique se construise de manière experte dans le pays à travers un programme dédié et à ce que le débat public ivoirien se transforme qualitativement ?
Le libre choix de proroger la dépendance politique et économique ou les contradictions internes de l’anticolonialisme et du panafricanisme victimaire d’opérette.

Dans le Sahel et ailleurs en Afrique toutes les décisions et les choix politiques et économiques, calamiteux à plus ou moins court ou long terme (retrait de la CPI et contrats léonins de prédation économique avec des puissances étrangères), sont actuellement prises par des dirigeants africains dans un nouveau contexte de libre-échange inter-étatique mondial; c’est à dire un nouveau contexte mondial dans lequel les échanges économiques et politiques engagent la responsabilité historique entière des acteurs politiques et intellectuels qui optent pour ces choix et décisions…Il semble que nous ayons décidé, en ce premier quart du 21ème siècle, de choisir dans un contexte de libre-échange mondial il faut le souligner, le chemin de l’autocratie et de l’économie de rente et de reproduction au lieu de choisir le chemin de la démocratie et de l’économie de production industrielle qui mène à la libération politique, à l’indépendance économique et à la souveraineté réelle.
Puisse la postérité africaine en être informée et s’en souvenir plus tard dans l’Afrique du 22 ème, du 23 ème ou du 24 ème siècle
Manifestations xénophobes en Afrique du Sud: l’échec politique de l’ANC post-Mandela.

Ces manifestations xénophobes témoignent de la crise de la mémoire de la lutte anti-apartheid et de l’indigence d’une conscience politique nationale; autant dire d’un échec du pouvoir en matière d’éducation démocratique des masses populaires et d’élévation du niveau de vie du plus grand nombre.
Ces manifestants anti-immigration (probablement, des habitants des Townships) parés d’atours zoulou dans une expression d’ethno-nationalisme xénophobe, accusant les immigrés de la sous-région de voler leur travail, d’importer délinquance et criminalité, leur posant l’ultimatum de « quitter l’Afrique du Sud au plus tard ce vendredi 30 juin 2026 », n’ont-ils pas perdu la mémoire de la lutte anti-apartheid et anti-ségrégation de leurs aînés de l’ANC de Nelson Mandela ?
Ces manifestants parés de vêtements traditionnels guerriers zoulou s’adonnant à la chasse aux étrangers avec le soutien implicite ou explicite de certains acteurs politiques n’ont-ils pas perdu la mémoire du projet sociétal de Nelson Mandela qui lutta pour la reconnaissance de l’autre, pour l’avènement d’une nation arc-en-ciel, pour la démocratie, pour l’inclusion sociale et la tolérance ?
Faut-il s’étonner de cette dérive calamiteuse de l’Afrique du Sud post-Mandela dans l’ethno-nationalisme et la xénophobie ?
En lieu et place de la nation arc-en-ciel tolérante et ouverte prônée et voulue par Nelson Mandela, l’ex-président Mr Jacob Zuma n’en avait-il pas appelé a l’avènement et à la prépondérance d’une nation zoulou en instrumentalisant, pour ses besoins de survie politique et pour ses intérêts personnels, l’identité de la communauté zoulou dans la lutte politique ?
Sur les immigrés de la sous-région, boucs émissaires commodes des démissions politiques, économiques et sociales de l’ANC post-Mandela, sont détournées les colères du plus grand nombre de la population sud-africaine, les habitants des Townships qui ne bénéficièrent ni de la redistribution du produit national qui leur est due, ni d’une éducation politique qui leur aurait permis de participer activement, en qualité de contre-pouvoir social, à la consolidation de la démocratie et de la république, à l’interpellation constructive du gouvernement.
Cette xénophobie récurrente en Afrique du Sud est assurément le symbole emblématique de l’échec politique, économique, social et éducationnel de l’ANC post-Mandela.
Les classes politiques et les gouvernements se servent toujours de la sous-éducation démocratique du peuple, de l’instrumentalisation de l’identité ethnique et de la stigmatisation de l’étranger pour s’approprier le pouvoir et instituer leur arbitraire.
L’ANC oligarchique post-Mandela cède à cette tentation et à cette politique traditionnelle de l’autocratie.
La scission interne du duo Diomaye/Sonko: une crise du régime représentatif Sénégalais ?

Cette crise symbolique est d’autant plus inquiétante qu’elle semble se situer dans une dynamique régionale de retour aux autocraties et aux dictatures ; autrement dit de retour à un statu quo ante politique que l’esprit et les objectifs d’émancipation individuelle et collective de la démocratie pluraliste invite, à dénoncer, à proscrire et à combattre.
La spécificité inquiétante de la situation politique actuelle au Sénégal consiste en ce que la majorité gouvernementale précédemment dirigée par le duo Diomaye/Sonko se soit scindée en deux factions opposées en conflit ouvert.
L’une représentée par l’ex-Premier ministre, une figure emblématique de la majorité au pouvoir, occupe désormais l’Assemblée nationale dans une posture de parti d’opposition radicale pour en faire un espace de combat et d’obstruction contre le pouvoir exécutif.
Cette faction de la majorité entend légiférer pour imposer la réalisation directe de la volonté populaire telle qu’elle l’interprète selon son point de vue idéologique et partisan ;
alors même que le Parlement démocratique est une institution de médiation politique entre le service des intérêts particuliers partisans et le service de l’intérêt général national qui les transcende; un espace de discussion, de conciliation et d’inclusion, d’intégration et de compromis entre la majorité électorale et les minorités électorales, entre le gouvernement et les partis d’opposition.
Que la Constitution sénégalaise ait tranché le conflit entre les deux factions de la majorité au pouvoir ne fait pas disparaître cette contradiction de fond.
La solution constitutionnelle ne saurait occulter la profondeur de la crise politique sénégalaise : la déstabilisation inquiétante du régime représentatif du pays, la légitimation de l’extrémisme politique et de la tyrannie du nombre.
La scission interne du duo Sonko/Diomaye au Sénégal : une conséquence fatale de la crise de clarification programmatique et sociétale dans un parti démocratique.

Cette crise symbolique de l’exemplaire démocratie sénégalaise soulève la question de l’importance du débat programmatique et sociétal intra et interpartisan.
Car c’est ce débat qui permet d’assurer la représentativité sociale des partis, de justifier les choix partisans en matière de programmes alternatifs d’opposition et les choix gouvernementaux en matière de programme de développement, d’éclairer les choix électoraux, de contribuer à ce que peuple participe effectivement à la formation de la volonté étatique.
Le salut du Sénégal se trouve dans le renforcement de la démocratie représentative et dans le respect de son programme.

Le Sénégal devrait se garder de céder à la tentation de la démocratie populaire, du révolutionnarisme, de la défense identitaire, de l’anticolonialisme victimaire de vociférations dont la Côte d’Ivoire fit l’amère expérience durant une dizaine d’années entre 2000 et 2010.
La conscience et l’unité nationale: la condition du succès des politiques de développement en tout État multi-ethnique.

Il faut construire en Côte d’Ivoire la nation en même temps que le développement économique.
Car l’histoire montre que le succès des politiques de développement se nourrit souvent de la force de l’État-nation.